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Innovation municipale: quelles leçons tirer de la Ville d’Ottawa?

Image: Ville d’Ottawa

Youmani Jérôme Lankoandé

Face à la concurrence des économies émergentes la plupart des pays occidentaux font face au même dilemme, en termes de politiques publiques, qui se resume à ceci: comment conjuguer politiques sociales, création d’emplois et développement d’infrastructures durables alors qu’ils sont concurrencés par les pays émergents dont les programmes sociaux sont pour la plupart inexistants? Un tour d’horizon sur cette question permet de se rendre compte que les défis socio-économiques des pays occidentaux sont identiques. Nous nous sommes intéressés à une des solutions mises de l’avant pour faire face à ces défis.

Pour plusieurs gouvernements, une des actions entreprises a été l’ouverture des données civiques aux citoyens dans l’espoir que ces derniers puissent contribuer à la recherche de solutions face à ces enjeux. L’accès ouvert aux données est une philosophie et une pratique qui consiste à rendre certaines données accessibles à tous, sans restriction liée au droit d’auteur, aux brevets ou à d’autres mesures de contrôle[1]. Cette nouvelle tendance pour l’ouverture des données, appelée en anglaiOpen dataest une suite logique de l’Open Government (initié aux États-Unis en 1966 avec le Freedom of Information Act) et du E-government (rendu possible grâce à l’Internet).

Pour beaucoup de citoyens l’accès aux données gouvernementales augmente non seulement la participation citoyenne à la vie publique, mais aussi la gestion optimale et transparente des biens publics. Mais au-delà de la contribution notoire à la démocratie, beaucoup de gouvernements municipaux, provinciaux ou fédéraux ont compris l’accès aux données civiques peut être un véritable levier de développement économique. D’ailleurs, les villes d’Ottawa, de Toronto, d’Edmonton, et de Vancouver ont récemment uni leurs forces dans le cadre d’une collaboration sur le « cadre de travail des données ouvertes »[2].

Mais quand on parle de données ouvertes la première question qui revient est naturellement le retour sur investissement puisque les infrastructures technologiques coûtent chers aux contribuables. Fort heureusement, les gouvernements qui ont ouvert leurs données à travers le monde ont commencé à avoir un retour sur investissement.

Le retour sur investissement (RSI) des données ouvertes

Dans le rapport “Open Data, Open Cities” Martin Prosperity Institute et l’Université de Toronto avaient déjà présenté les opportunités qu’offre l’accès ouvert aux données pour les villes canadiennes en termes de développement technologique, de création d’entreprises innovantes et de création d’emplois.  Au niveau municipal, la Ville d’Ottawa par exemple, soutient que leur site Données ouvertes Ottawa, va ‘‘jeter les bases d’une structure qui encouragera l’innovation en technologie numérique, l’amélioration de la prestation des services, la stimulation de la croissance économique et une meilleure connaissance de notre ville’’[3]. Les Retours sur Investissement (RSI) pour la collectivité sont de plusieurs natures :

-amélioration du déplacement (transport en commun par exemple);

-amélioration de l’environnement ou augmenter la durabilité des biens publics;

-participation au développement communautaire (amélioration ou offre de nouveaux services publics)

-participation au développement économique (création d’entreprises innovantes);

-augmentation de l’offre de divertissement pour la communauté.

Le retour sur investissement pour les gouvernements municipaux est de plus en plus palpable quand l’ouverture des données aux données s’accompagne d’appels à proposition pour donner un autre usage à ces données autre que celui de la consultation. Les gouvernements municipaux d’Ottawa, d’Edmonton, de Toronto et de Vancouver qui ont ouvert leurs données ont lancé des concours de développement d’applications (pour web, téléphone, PDA ou PC) pour le développement de nouveaux services ou pour la création de nouvelles entreprises.

Image: Ville d’Ottawa

Afin d’encourager l’utilisation efficace de ces données, la Ville d’Ottawa a lancé le 29 septembre dernier un concours qui vise à récompenser les concepteurs d’applications et d’outils Internet les plus utiles, créatifs et efficaces qui permettront aux citoyens d’utiliser aisément les données de la Ville d’Ottawa.

À ce jour la ville d’Ottawa a déjà reçu de nombreuses propositions innovatrices (liste disponible à http://opendataapps.org/) pour améliorer les services publics, l’environnement, le transport, etc. En voici quelques applications :

Traffic Ottawa: cette application permet de gagner du temps de circulation en choisissant la route la moins encombrée. Traffic Ottawa présente les caméras de circulation installées par la ville d’Ottawa et le Ministère du Transport de l’Ontario. Il suffit de se connecter sur le site web pour voir la liste des intersections ou des cameras de circulation dans la région d’Ottawa/Gatineau, et choisir la camera de circulation que l’on veut visionner. L’application fonctionne sur Iphone et Itouch avec une connexion Internet.

Ottawa Recycles: une application qui permet de connaître les lieux où l’on peut déposer ses produits recyclables dans la ville d’Ottawa.

Diner Inspect : une application qui présente sur une carte géographique l’inspection des restaurants de la Ville d’Ottawa. L’application analyse les données sur l’inspection en termes de violations et à vous de décider maintenant si le restaurant est sécuritaire.

Ottawa for kids : une application développée par des étudiants d’Ottawa qui permet aux familles de trouver toutes les activités pour enfants à travers la ville.

FixMyStreet Canada : une plateforme web qui permet de signalez, examiner ou discuter des problèmes locaux comme les graffitis, les nids de poule, trop de déchets, ou l’éclairage de rue. Pour signaler un problème, il suffit d’entrez un code postal à proximité, ou le nom de la rue et de la région; de localiser le problème sur une carte de la région, d’entrer les détails du problème et de il est automatiquement envoyé à la ville. Cette plateforme est maintenant disponible pour les résidents d’Outremont à Montréal.

Comme nous pouvons le remarquer, grâce à la politique d’accès ouvert aux données, la ville d’Ottawa améliore la qualité de vie de ses contribuables tout en créant de nouvelles opportunités pour la création d’entreprises. La question du retour sur investissement ne peut donc plus être un obstacle à l’ouverture des données. Compte tenu de la nouveauté de la tendance nous savons aussi que des questions demeurent sans réponse. Il reste encore à savoir le coût réel de la libération des données, l’impact réel sur les services publics, ou encore la nature des données qui peuvent être rendue public (transport public, nombre de personnes a la maternité, criminalité, problématique de la violence.

En tout état de cause nous pensons que l’avenir des villes passe par la capacité à créer un environnement qui incite la participation citoyenne, la créativité et l’innovation. La ville d’Ottawa est la preuve que l’ouverture des données offre une réalité possibilité d’innovation municipale. Il ne reste plus qu’aux autres villes du Canada de suivre l’exemple de la ville d’Ottawa.

Dans les prochains articles nous irons à la découvrerte des opportunités créées par les données ouvertes aux États-Unis et en Europe.


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